Pluto contre Le robot le plus fort du monde : Comparatif des personnages

Dossier réalisé par Wang Tianjun

Osamu Tezuka et Naoki Urasawa sont sans doute deux auteurs qui auront marqué leur époque : si le premier est considéré, aujourd’hui encore, comme le « Dieu du manga », le second est devenu une référence contemporaine dans le genre du seinen en quelques années. Le rapprochement entre ces deux figures n’est sans doute pas un hasard, Urasawa ayant été un grand fan de Tezuka dans sa jeunesse…

D’ailleurs, si vous êtes en train de lire ces lignes, vous n’ignorez pas que Pluto est une adaptation moderne du Robot le plus fort du monde, une des aventures les plus populaires d’Astro Boy, héros fétiche du père du manga moderne. Aussi, le lecteur assidu aura envie de faire le point entre les deux versions, une histoire originale portée sur l’action et les combats robotiques, l’autre ancrée dans le thriller et les affaires de meurtre en série.

Le présent article a donc pour but de développer les nombreuses affinités et les points de divergence entre les deux versions d’un même récit, de manière suffisamment exhaustive. Nous y suivrons l’aventure au travers des différents personnages dont l’aspect, les motivations et la destinée peuvent différer grandement d’une version à l’autre.

Vous l’aurez donc compris : ce dossier contient de nombreux éléments dévoilant certains points-clés de l’intrigue des deux histoires (notamment les parties «aboutissements », et pourrait gâcher le plaisir de lecture à certains. Vous voilà prévenus !

Note : les noms entre parenthèses correspondent aux traductions de la version française de l’anthologie Astro Boy disponible aux éditions Kana.

Note bis : Ce dossier étant très détaillé, vous pouvez accéder à la partie qui vous intéresse en cliquant sur l'un des liens suivants :

- Les sept robots les plus puissants du monde
- Pluto et ses commanditaires
- Autres personnages d'Astro Boy


Les sept robots les plus forts du monde

Dans les deux œuvres, le cœur de l’histoire repose toujours sur l’implacable traque de Pluto contre une liste prédéfinie de sept cibles : les meilleures constructions robotiques encore en activité. Naoki Urasawa qualifiera même leur potentiel de « destruction massive ». Mais qui sont-ils vraiment ?

Notons qu’avant « Le robot de plus fort du monde », aucun de ces sept robots n’était apparu dans l’univers d’Astro Boy… hormis, bien sûr, Astro Boy lui-même !

Astro

Présentation générale : Sous ses allures d’enfant innocent, Astro est un des robots les plus perfectionnés qui puissent exister. Créé au Japon en 2003 par la main du professeur Tenma, qui voulut remplacer son fils Tobio ayant péri dans un accident de voiture, il fut abandonné dans un cirque puis recueilli par le professeur Ochanomizu. Avec son sens de la justice et ses pouvoirs impressionnants, il résout de nombreuses affaires et participe même à quelques conflits !

Points communs : Dans les deux œuvres, on retrouve chez Astro une certaine naïveté, Urasawa respectant le caractère du personnage de Tezuka. Leur aspect physique est similaire jusqu’à la coiffure, et l’on retrouve certains pouvoirs caractéristiques, comme sa force herculéenne et sa capacité à voler via des réacteurs situés sous ses pieds.

Divergences : Si l’Astro de Tezuka est volontaire est toujours prêt à en découdre, Urasawa insiste d’avantage sur son caractère de petit garçon, et son envie de normalité, dans un monde qui l’a érigé au statut d’enfant-star après le 39ème conflit d’Asie Mineure. Il faut également noter que l’Astro original impressionne avant tout par sa puissance « de cent mille chevaux », ses talents polyvalents au combat comme une mitraillette sortant de son arrière-train… Alors que dans la nouvelle version, on découvre d’abord le personnage par son intelligence artificielle hors du commun, lui permettant de ressentir de nombreuses émotions humaines et même s’ouvrir à des sensations inédites au robots, comme le goût. La force contre l’intelligence, une question de génération ?

Aboutissements : Dans le récit original de Tezuka, Astro Boy tient évidemment le rôle phare face au terrible Pluto, et ne tardera d’ailleurs pas à le rencontrer : leur première confrontation débute dès la sixième page ! Amenés à se retrouver à plusieurs reprises, les deux adversaires ne seront pourtant pas destinés à se battre à chaque fois, développant un sens de l’honneur les poussant à s’entraider. Pour vaincre ce redoutable opposant, Astro sera amené à un dilemme important et à une évolution particulièrement marquante dans la série à l’époque : décupler volontairement sa force, au risque de devenir une machine totalement incontrôlable ! Alors guidé par sa rage, les cheveux étincelants et entouré par une aura de lumière, Astro foncera vers Pluto, mais sombrera dans les abysses, au sens propre comme au figuré. Cet excès d’orgueil, cette escalade de puissance au mépris de la personnalité sans failles du héros aura pu choquer les lecteurs d’alors. Urasawa s’inspire de cette évolution en offrant une «mort » à Astro au cours de son récit, avant le ressusciter de manière transfiguré, décuplant son intelligence (toujours en lieu et place de la force) mais l’emplissant de haine. Au final, dans les deux cas, ce héros éternel finit par recouvrer ses esprits lors de son dernier combat, en exprimant une morale pacifiste pour tempérer les ardeurs guerrières de ces deux mondes…

Gesicht

Présentation générale : Alors que l’on pouvait penser que la série « Pluto » conserverait Astro comme héros principal, Urasawa a préféré mettre en avant Gesicht, un des autres robots surpuissants que compte le monde de Tezuka. Cet inspecteur-robot venu d’Allemagne avait tout pour plaire à ce maître en thrillers !

Points communs : Gesicht est un robot créé avec un alliage particulier, le zéronium, rendant son corps insensible à la plupart des attaques, notamment les lasers et autres rayons électromagnétiques que peut utiliser Pluto contre lui. Il dispose également d’une batterie de pistolets situés sur son torse : si Urasawa préfère placer ses armes sur les mains interchangeables de son héros, il offre néanmoins un clin d’œil à la version d’origine lorsque l’on voit l’inspecteur d’Europol torse nu, le tronc bardé de connecteurs rappelant les orifices de ces différents canons. Dans les deux cas, Gesicht compte également faire appliquer la loi : à l’inverse des autres cibles cherchant à combattre leur ennemi de front, il désire arrêter Pluto tel un criminel comme les autres et démasquer les commanditaires de ce massacre programmé.

Divergences : La première différence entre les deux versions du personnage est avant tout physique : si le Gesicht de Tezuka cache son apparence robotique sous un grand imperméable et un chapeau, il n’hésite pas à dévoiler son allure métallique au combat. Urasawa préfère quant à lui présenter un héros semblable aux êtres humains, pour faire naître une confusion entre les deux genres. Ainsi, il développe autour de lui une position sociale importante, une vie de famille et même un passé mystérieux inédits dans la première œuvre. Au niveau du caractère, le premier Gesicht semble un peu plus souriant et fier, légèrement charmeur, alors qu’Urasawa lui préfère un profil plus sérieux et effacé, voire torturé…

Aboutissements : Malgré sa divergence de point de vue, Gesicht ne sera dans la version de Tezuka qu’une victime de plus, rapidement éludée dans le cours du récit (il apparaît en tout et pour tout sur sept pages...). Quatrième robot à subir l’implacable désir de destruction de Pluto, Gesicht subit une fin peu honorable en ayant pourtant exprimé une belle résistance dans son combat. Le mettant dans un statut de héros, Urasawa soignera d’avantage le personnage, en en faisant le seul robot à ne pas périr de la main directe du terrible roi des enfers ! Cependant, si l’histoire de Gesicht diverge entre les deux versions, on notera toute même que dans les deux cas, l’inspecteur-robot mourra sous la pluie, avant que son décès ne soit relayé par les informations télévisuelles. Connaissant l’auteur, cela ne peut pas être qu’une heureuse coïncidence !

Mont-Blanc

Présentation générale : Mont-Blanc est la première victime de la quête destructrice de Pluto. Robot le plus puissant de Suisse, il dispose d’une puissance de 135 000 chevaux, ce qui ne l’empêche pas d’être battu à plates coutures. Même s’il jouit d’une certaine popularité de part le monde, Mont-Blanc s’était retiré dans les Alpes Suisses, travaillant comme guide de haute montagne.

Points communs : Dans les deux versions, Mont-Blanc est le premier robot à disparaître, marquant ainsi le début des méfaits de Pluto et mettant la puce à l’oreille à ses futurs adversaires. Parmi les sept robots les plus forts du monde, il est l’un des seuls à ne pas disposer d’une apparence humaine, et Urasawa reprend d’ailleurs presque à l’identique son design original pensé par Tezuka.

Divergences : Au sein de la série Pluto, le passé de Mont-Blanc est largement plus évoqué, notamment sa participation lors de la dernière guerre dans le Golfe Persique. Ses hauts faits, mais aussi son caractère amical et jovial ont fait de lui un personnage emblématique de la Suisse, au point d’avoir des funérailles nationales. Notons également que si dans la version de Tezuka, le contexte criminel de sa mort ne fait aucun doute, dans la version moderne il est d’abord question d’un décès accidentel, et il faudra les lumières de Gesicht pour rétablir la vérité.

Aboutissements : Personnage disparaissant aussi subitement qu’il est apparu dans les deux versions, Mont-Blanc voit néanmoins son combat développé dans l’histoire originelle. Mais l’affrontement tourne court, Pluto le prenant directement par surprise après avoir jaugé sa puissance. Au final, sa mort permet surtout au lecteur de se rendre compte du caractère impitoyable de Pluto !

North 2


Présentation générale : North 2 vit en Ecosse en tant que serviteur avant de subir à son tour le courroux de Pluto. Robot spécialement conçu pour le combat, il dispose d’armes impressionnantes qu’il peut cacher pour conserver l’effet de surprise sur ses adversaires.

Points communs : Dans les deux versions, North 2 fait preuve d’une certaine docilité pour suivre sans broncher les caprices de ses maîtres. Outre ses bras rétractables lui permettant de disposer d’un arsenal imposant, ce robot a également la faculté de pouvoir sentir approcher ses futurs adversaires.

Divergences : La principale différence entre les deux North 2 concerne ses maîtres. Dans la version d’Osamu Tezuka, il vit en compagnie de son créateur, un savant à l’allure ronchonne qui voit dans l’approche de Pluto un parfait spécimen à désassembler. Ainsi, dans cette histoire originale, la mentalité de North 2 n’est pas si différente de celle de Pluto : suivre les désirs de « puissance » de son créateur, envers et contre tout. Chez Naoki Urasawa, on le retrouve d’avantage marqué par ses souvenirs de guerre, et employé par un vieux compositeur aveugle, Paul Duncan, dont il subit les colères avant de s’envoler vers le combat. Cependant, les caractères des deux maîtres sont finalement assez proches : acariâtres et autoritaires, ils démontreront néanmoins une certaine affection pour ce domestique si particulier.

Aboutissements : Une nouvelle fois, si Urasawa préfère cacher l’affrontement, Tezuka l’expose dans toute sa splendeur, de quoi découvrir un pan caché de l’histoire. Dans les deux cas, le combat se déroule dans les airs et se conclut par l’explosion du corps de North 2.

Brando (Brand)


Présentation générale : Robot venu de Turquie, Brando est doté d’une allure particulièrement imposante, lui permettant d’attaquer ses ennemis par des charges colossales.

Points communs : Les deux Brando ont finalement assez peu de similitudes, autant physiquement que dans leur histoire respective. On notera cependant qu’il évoque dans les deux cas son amitié pour le défunt Mont-Blanc, le poussant à aller à la rencontre de Pluto par lui-même au lieu d’attendre sagement son tour.

Divergences : Brando est l’un des premiers robots pour qui Urasawa s’est donné carte blanche pour développer un passé et une situation sociale inédite. Il faut dire que le récit original laisse peu de place pour développer ce personnage, soit à peine le temps de son affrontement ! Dans la série Pluto, Brando se retrouve doté d’un corps à apparence robotique, qui n’est en fait qu’une armure servant à des combats de pancrace ! En civil, ce robot dispose d’une enveloppe humaine, et a même développé une vie familiale qui compte énormément pour lui.

Aboutissements : Le combat entre les deux adversaires est assez similaire entre les deux œuvres : Brando fonce sur Pluto de tout son poids avant de l’entraîner sous l’eau. L’issue du duel est alors cachée, jusqu’à ce qu’une flaque d’huile se dessine sous les vagues, et que le vainqueur remonte à la surface. Si chez Urasawa, Brando déclare avoir gagné, aucune preuve ne permet d’affirmer ses dires, alors que la version originale présente un Pluto gravement blessé à la sortie de l’affrontement, subissant de multiples pannes.

Hercule (Héraclès)

Présentation générale : Avec ses 400 000 chevaux, Hercule se considère lui-même comme le robot le plus fort du monde. Doté d’un corps étudié pour le combat, ce robot vit en Grèce, tel l’illustre demi-dieu dont son créateur semble s’être inspiré.

Points communs : La principale ressemblance entre les Hercule tient avant tout sur l’aspect physique de leur armure de combat, rappelant un style de protection antique. Au niveau du caractère, Hercule est déterminé à se battre pour prouver sa valeur, refusant l’aide proposée par Epsilon pour vaincre Pluto.

Divergences : Tout comme pour Brando, Urasawa offre à Hercule un avatar humanoïde, lui permettant de garder une place dans la société. Son armure lui sert donc essentiellement lors des combats de pancrace, où il détient le titre de champion du monde. Ce sport lui permet d’ailleurs de se lier d’amitié avec Brando, alors que Tezuka n’évoqua jamais une telle affinité entre les deux lutteurs.

Aboutissements : Conçu pour le combat, le personnage d’Hercule ne prend tout son sens que lors de son affrontement avec le terrible assassin. Aussi, si les rebondissements sont différents dans les deux cas, ils suivent des phases similaires : tout d’abord, le guerrier grec déjoue certains des artifices de son adversaire (le fait qu’il ne puisse pas utiliser ses bras en vol dans l’original, la révélation d’une partie du corps de Pluto dans l’autre). Hélas, il perd par la suite l’usage de ses armes (sa lance et son bouclier d’un côté, son corps de lutteur de l’autre). Enfin, sa défaite se joue essentiellement sur la résistance de son adversaire, Hercule explosant juste avant de toucher au but. Notons également que dans les deux cas, Epsilon joue au spectateur du duel, ne pouvant s’y immiscer, avant de fuir les lieux du combat une fois Hercule vaincu.

Epsilon

Présentation générale : Epsilon habite en Australie, où il vit entouré d’enfants humains dont il a lui-même la charge. Robot pacifiste, il n’en est pas moins considéré comme l’un des plus puissants au monde, grâce à son système basé sur l’énergie solaire.

Points communs : Dans les deux versions, c’est bien le caractère pacifiste qui domine le personnage d’Epsilon, même s’il s’explique d’avantage par un sentiment de peur dans la version de Tezuka. Contrairement aux autres victimes de l’implacable bourreau, Epsilon n’a pas été créé pour se battre, et est un des seuls (avec Astro) à présenter des sentiments proches de ceux des humains lorsque apparaît son affection pour les enfants. Epsilon travaille en effet dans un établissement dédié à leur accueil (école maternelle dans la première version, orphelinat dans la seconde). Ce robot a néanmoins de quoi réagir en combat une fois au pied du mur, en étant capable de voler, de se déplacer à grande vitesse, mais aussi de projeter des rayonnements lumineux destructeurs.

Divergences : L’Epsilon de Tezuka a un caractère légèrement plus complexe que celui dépeint par Urasawa. Plutôt que d’être représenté par une véritable perfection psychique (et physique), on lui découvre un caractère autrement moins reluisant : en effet, il sera capable de s’abaisser à quelques ruses pour se débarrasser de son adversaire, comme s’allier avec d’autres robots ou profiter d’un moment de relâchement. Cependant, à l’inverse de ses semblables, Epsilon a des choses qui lui tiennent à coeur et l’on comprend tout à fait qu’il puisse mettre son honneur de côté afin de les protéger.

Aboutissements : Durant les deux histoires, Epsilon est celui qui est le plus proche de vaincre Pluto, réussissant même à prendre le dessus lors de leur première rencontre. Mais dans les deux cas, il préfère néanmoins épargner son adversaire au lieu de l’achever : dans le récit original, il parviendra à faire sombrer Pluto dans une fosse sédimentaire sous-marine, avant de finalement l’en extirper, pris de remords. Dans la version moderne, il laisse l’ennemi s’échapper après l’avoir privé d’un membre, ne pouvant se résoudre à tuer un semblable. La plus grande qualité d’Epsilon, sa compassion envers les enfants, sera aussi ce qui le mènera à sa perte. Dans les deux cas, il perdra ses facultés destructrices afin de protéger un de ses « fils », ne laissant alors que ses deux mains autour de lui, en guise de dernier vestige… le tout, sous un même temps enneigé.

Pluto et ses commanditaires

Face à ces sept robots déjà surpuissants, il fallait donc que le personnage central de Pluto en impose. Mais qui est-il vraiment, et quelles sont ses véritables intentions ? Entre les deux œuvres, les motifs de destruction diffèrent quelque peu…

Pluto


Présentation générale : Robot venu de Perse, Pluto a été créé par le professeur Abullah avec pour mission principale de se débarrasser des robots les plus puissants du monde. Le but de la manœuvre est de remettre sur pied l’autorité du royaume de Perse, déchu depuis les dernières guerres. Ne faisant aucun compromis dans son implacable marche assassine, Pluto est confronté néanmoins aux failles de la robotique, puisqu’il ne peut s’en prendre aux personnes ne figurant pas sur sa liste de meurtres.

Points communs : Les deux Pluto sont assez similaires d’un point de vue physique, arborant un immense corps couleur d’encre, surplombé par d’immenses cornes rappelant celles du roi des enfers de la mythologie romaine, dont il emprunte le nom. En revanche, si Pluto apparaît dans toute sa splendeur dès la première case de l’histoire de Tezuka, Urasawa joue quant à lui sur le mystère de son apparence. Mais cela est loin d’être une surprise lorsque l’on connaît l’auteur, adepte des monstres sans noms et sans visages ! Les capacités de combat sont également identiques, puisque l’on retrouve les pouvoirs dépeints à l’origine (génération de tornade, éclairs) étendu à une gamme de talents climatiques dans sa nouvelle version. Côté caractère, Pluto est une machine présentant de nombreux dilemmes, entre cet ordre de destruction auquel il ne peut désobéir, et d’autres sentiments plus proches de l’honneur ou de la compassion…

Divergences : Si Tezuka présente les incohérences psychologiques de Pluto en usant des limites des lois de la robotique définies par Asimov, Urasawa ira plus loin, en offrant au robot un véritable dédoublement de personnalité. Ainsi, son Pluto est guidé avant tout par la haine que lui a inculqué son créateur, au point de se comporter comme une bête « déshumanisée ». En creusant plus profondément, on lui découvrira une vie antérieure en tant que Sahad, fils d’Abullah. Aussi, pour vaincre Pluto, il faut d’abord commencer par vaincre sa haine…

Notons également que dans la version originale, Pluto contient en lui une bombe, prête à exploser en cas de défaite pour que son adversaire soit entraîné avec lui. La victoire ou la mort, funeste destin…

Aboutissements : Au fur et à mesure de l’aventure, la mentalité de Pluto se dévoile, et la machine de guerre s’adoucit au fil de ses combats. Les rencontres les plus décisives seront celles avec Uran, Astro et Epsilon (et bien sur Gesicht dans la version moderne), qui seront les premiers à percer les failles derrière l’armure. Chez Tezuka, Pluto s’initie à la loyauté, venant à demander l’aide de ses adversaires et exprimer de la gratitude en les sauvant en retour. Au cours du combat final, la victoire d’Astro est sans doute plus psychologique que physique : Pluto est touché par la gentillesse et l’altruisme du petit robot, et finira par l’aider à stopper une éruption volcanique, contredisant sa nature de combattant exclusif. Au final, Pluto meurt par un acte symbolique de sacrifice, en emportant avec lui le terrible Bora. Une mort sans doute prévisible, mais qui montre toute la complexité du personnage. Sinistre pantin, il prouve par ses actions que la haine peut être désamorcée autrement que par la haine elle-même… De quoi rêver d’une nouvelle époque de paix pour les robots.

Le professeur Abullah (Aboora)


Présentation générale : Le professeur Abullah est l’ (ex-)bras droit du dirigeant de Perse, ainsi que le créateur du terrible Pluto. Une fois sa créature lancée, Abullah ne reste néanmoins pas très loin pour surveiller son avancée et procéder à des opérations de maintenance le cas échéant.

Points communs : Le professeur Abullah est sans doute celui qui est le plus différent entre les deux versions, aussi il est bien difficile de déceler des traits partagés ! On retient surtout qu’ils disposent tous deux d’une intelligence significative et un caractère très réfléchi, sans parler des nombreux mystères autour de leur identité…

Divergences : Chez Tezuka, on note qu’Abullah n’est pas l’instigateur de la mission de Pluto, mais se contente de suivre les ordres du Sultan en lui offrant cette création. Il possède pourtant un caractère ambigu, au point qu’on se demande pourquoi ce scientifique de génie obéit aussi fidèlement à cet infâme tyran, hormis grâce à l’aspect financier important. Dans la nouvelle version offerte par Urasawa, le professeur est bien à la tête de la sombre machination, mû par le désir de venger son peuple et sa famille ayant péri pendant la dernière guerre. C’est donc sa propre haine qu’il inculque à sa création, dont l’esprit n’est autre que celui de son fils robotique. Personnage en retrait à l’origine, Abullah prend une part importante dans l’action dans la série Pluto, au point de se faire rapidement remarquer par Gesicht.

Aboutissements : Le professeur Abullah est indéniablement rattaché au professeur Goji, créateur de Bora et qui prend également part à la bataille tardivement dans les deux séries. Urasawa conserve d’ailleurs l’une des plus importantes révélations de l’histoire originelle, lorsque l’on apprend que ces deux noms ne se rapportent qu’à une seule personne… et à un robot, qui plus est ! Cependant, les deux personnages se distinguent par leur but et leur conclusion. Chez Tezuka, Abullah n’est pas le grand méchant de l’histoire, ce rôle étant attribué au Sultan. Bien au contraire, il finit par désamorcer lui-même les objectifs de son commanditaire. Ancien domestique du Sultan, il a d’abord construit Pluto sous ses ordres, puis, se rendant compte de l’inutilité de la manœuvre, a ensuite conçu une machine encore plus puissante, Bora, pour le contrecarrer et offrir une belle leçon de morale à l’ancien despote. Il lui reste cependant fidèle en le raccompagnant à son palais, en lui faisant promettre de ne plus jamais recommencer !

Dans la version moderne, Urasawa joue de la double identité d’Abullah en le faisant se mentir à lui-même, jusqu’à en oublier sa nature robotique. Finalement submergé par sa haine, sa conscience fusionne avec le robot Bora pour amorcer la destruction de la planète… qui sera finalement avortée grâce au sacrifice de Pluto pour le détruire. Une conclusion sans doute moins joyeuse, mais plus réaliste dans le contexte dépeint par l’auteur dans son adaptation.

Le Roi Darius XIV / Le Sultan Chotch Chotch Ababa III

Difficile de faire un rapprochement élaboré entre ces deux personnages, distincts jusqu’à leur patronyme, qui sont surtout présents en tant qu’anciens dirigeants du royaume déchu de Perse.

Chez Osamu Tezuka, le Sultan au nom volontairement désuet est une parfaite caricature d’un émir du Moyen-Orient : turban sur la tête, petite moustache et un palais somptueux. Au cours de son règne, il a dilapidé d’immenses fortunes pour son propre plaisir, entraînant la révolte de son peuple et sa destitution. Il décida alors de se faire passer pour mort, avant de fomenter un terrible complot pour retrouver sa splendeur d’antan.

Autre temps, autre mœurs. Pour que sa série reste crédible, Naoki Urasawa ne pouvait tomber dans les stéréotypes, et préfère s’inspirer largement de la guerre en Irak de 2003. Aussi, le dirigeant, renommé Darius XIV, est une copie assumée de Saddam Hussein. Dictateur du royaume de Perse, il est destitué de son trône par les troupes des Nations Unies, suite aux soupçons de recel de robots de destruction massive dans son pays. Contrairement au Sultan de la première histoire, Darius se fait emprisonner dans un pénitencier, mais semble néanmoins avoir un lien avec la terrible affaire de meurtres en série. En est-il l’ultime commanditaire, donnant à Abullah les visages sur qui il doit abattre sa haine ? Comment connaît-il ses plans ?

Dans les deux cas, nous ne savons pas ce qu’il advient du tyran à la fin de l’aventure. Urasawa l’élude en le laissant dans son pénitencier, tandis que Tezuka expose clairement son impuissance face à la machination d’Abullah et pleurant la disparition de son cher robot.

Bora (Boller)

Ultime personnage de la série, Bora tient d’avantage de la machine de guerre impersonnelle que d’un véritable robot. Tezuka évalue sa puissance à vingt millions de chevaux, tandis qu’Urasawa lui offre quelques démonstrations de puissance très explicites. Bora se distingue surtout par son apparence colossale et un bruit significatif, « Bora », qui se fait entendre lorsqu’il se met en mouvement. Dans l’histoire d’origine, le professeur Goji présente cette création au sultan, pour lui faire affronter Pluto. Dans l’adaptation, Bora apparaît d’avantage comme une enveloppe de combat destinée à accueillir l’esprit de Goji Abullah, lui permettant de commettre les pires ravages, voire de menacer la planète de destruction, le robot cachant en lui une bombe à anti-protons.

Dépourvu d’un quelconque sentiment, Bora représente la destruction à l’état brut et la limite de la course à la puissance robotique. En terme de potentiel pur, c’est donc lui le robot le plus fort du monde, même si la morale de l’histoire ira dans un sens contraire. Il est à l’opposé d’Astro et de ses sentiments positifs, et il faudra le sacrifice de Pluto, revenu dans le droit chemin, pour empêcher l’apocalypse !

Autres personnages de l’univers d’Astro Boy

Il ne faut pas oublier que Le robot le plus fort du monde n’est qu’une des nombreuses aventures d’Astro. Aussi, on y retrouve quelques visages bien connus dans la série, qu’Urasawa ne pourra éluder dans sa version de l’histoire !

Le professeur Ochanomizu

Eminent scientifique japonais, le professeur Ochanomizu s’est toujours battu pour la paix entre humains et robots. Ses talents et sa morale lui ont permis de se hisser au poste de ministre des sciences. Il recueillit Astro après que son créateur, le professeur Tenma, ne l’abandonne dans un cirque. Dans la série Astro Boy, cet homme de science est toujours prêt à épauler le petit héros en le réparant où en l’aidant à déjouer des énigmes. Dans l’histoire du robot le plus fort du monde, Ochanomizu a un rôle important, bien plus que dans le Pluto d’Urasawa. En effet, il est le premier à découvrir l’endroit où se terrent Pluto et ceux qui le dirigent, et n’hésite pas à se rendre sur place pour faire entendre sa colère. Hélas, il se fait prendre en otage, servant alors d’appât pour attirer Astro. Finalement, le professeur est l’un des seuls témoins du combat final de l’histoire.

Dans la version moderne, le rôle d’Ochanomizu est assez limité, servant de faire-valoir aux actions d’Astro ou du professeur Tenma. Cependant, Naoki Urasawa rend un bel hommage à sa nature pacifique et altruiste au travers d’une scène touchante où il essaie de ranimer un chien robot.

Le professeur Tenma

Umataro Tenma est sans doute l’un des plus grands concepteurs de robot de tous les temps. Il est surtout le père du célèbre Astro, qu’il créa pour remplacer Tobio, son fils disparu. Mais comprenant que ce robot ne remplacerait jamais son enfant, Tenma préféra s’en débarrasser. Dès lors, le professeur Tenma est un homme de l’ombre, guidé avant tout par le perfectionnement de la robotique, au prix de quelques sacrifices. Il n’en reste pas moins un personnage énigmatique, voire inquiétant. Dans « Le robot le plus fort du monde », le professeur Tenma ressort des ténèbres pour proposer un marché à Astro : augmenter sa puissance pour lui permettre de vaincre Pluto, au risque que son corps ne le supporte pas. On peut se demander d’où lui vient un tel élan de générosité pour une création qu’il a pourtant jeté aux oubliettes…

Urasawa enrichit la complexité du personnage, en lui offrant un passé sulfureux. Dans sa version, le professeur a travaillé avec Abullah sur le projet d’une intelligence artificielle parfaite, qui deviendra par la suite le nouvel Abullah. Sachant les terribles conséquences que cela peut avoir, il tente tout de même de ressusciter Astro en lui injectant des émotions extrêmes… Faut-il y voir une envie scientifique malsaine, ou un vrai geste de compassion pour ce fils abandonné ? Car ne l’oublions pas, Tenma est aussi un père, blessé dans son âme par le malheur le plus tragique qui puisse exister.

Uran (Urane)


Petite fille robot, Uran est la sœur d’Astro, créée par le professeur Ochanomizu pour agrandir son cercle familial. Ainsi, elle dispose d’une puissance similaire à celle de son grand frère, mais d’aucun de ses pouvoirs comme par exemple la faculté de vol. Toutefois, Uran cherche à se rendre utile et prouver qu’elle est aussi forte qu’Astro. Aussi, dans l’histoire originale, lorsque Pluto apparaît, Uran veut prouver qu’elle mérite de faire partie de la liste des cibles, et n’hésite pas à se faire passer pour son frère lors d’un défi lancé par le robot destructeur ! Cette scène sera d’ailleurs un moment-clé de l’aventure, puisqu’elle révèle quelques-unes des faiblesses de Pluto.

Urasawa reprend le personnage d’Uran à sa manière : si Astro dispose d’une des intelligences artificielles les plus perfectionnées, la jeune fille est quant à elle doté d’un talent particulier pour ressentir les émotions des autres, humains comme robots. L’auteur reprend donc la scène mythique de la rencontre Uran-Pluto, où la jeune fille est la première à découvrir la vraie personnalité de Sahad, cachée derrière la haine programmée par Abullah. Une troublante compassion naît entre les deux personnages, et Uran est sans doute la seule à l’avoir compris entièrement.

Par la suite, Uran prend un rôle de spectatrice, veillant sur le retour en force de son frère. Cependant, l’importance d’Uran dans le développement de Pluto est salué par l’ultime requête de ce dernier demandée à Astro : transmettre à sa sœur  ses plus sincères amitiés !

Shunsaku Ban/ Hige Oyaji


Personnage récurrent de la série Astro Boy et de quelques autres œuvres de Tezuka, Shunsaku Ban, alias l’Oncle Moustache, est le professeur d’école d’Astro. Détective à ses heures et spécialiste en arts martiaux, il apporte souvent un appui de taille au petit robot dans ses aventures. Il apporte également le comic-relief de la série, son caractère très colérique le rapprochant sans mal d’un Donald côté Disney.

Dans la série Pluto, Urasawa a bien eu du mal à intégrer le personnage qui n’apparaît d’ailleurs pas dans « Le robot le plus fort du monde ». Sa présence est donc surtout un clin d’œil à la série phare de son maître, d’autant que son design surprendra ses fidèles lecteurs. En effet, Urasawa a repris le visage du docteur Leichwein, personnage de la série Monster ! Une manière de dire que l’auteur s’était déjà inspiré de l’œuvre de Tezuka par le passé, et qu’il offre ici une belle manière de boucler la boucle...

Dossier réalisé par Wang Tianjun

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Naoki Urasawa - L'air du temps
Monographie à paraître en mai 2012 aux Moutons électriques



Happy! - Tome 10 Deluxe
Le 15 février 2012 chez Panini Manga





Billy Bat
- Tomes 1 et 2
Le 14 mars 2012 chez Pika




[Jeu] Captures d'écran: Saison 2
Par jojo81
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