Des influences multiples
Ses influences principales sont, il le dit lui-même, Tezuka et Moebius. Un japonais et un français. Et cela se ressent dans son style. Très loin des clichés du manga, le style d'Urasawa est particulier. Neutre, diront ses détracteurs. Sobre, clair et intelligent, préféreront ses fans. Le trait de l'auteur est hybride, tout comme ses influences. Mais surtout lisible par tous.
Toujours dans le dessin, l'on peut noter qu'Urasawa n'use jamais de codes propres aux manga. Nous n'y verrons donc jamais l'oiseau et ses trois petits points, ni saignements dus à l'excitation. Les planches sont lisibles par tous, une fois traduites. C'est un effort volontaire fait par l'auteur. Il s'inscrit donc de cette manière dans une visée internationale dès la création même de ses œuvres.
Des héros multiculturels
Venons-en à ces œuvres à proprement parler. Et pour commencer, aux héros de ces histoires passionnantes.
Sa première série longue est Pineapple Army. Le héros est ici Jed Goshi, un ex-militaire américano-japonais. Un autre de ses succès est Master Keaton, avec son héros Taïchi Hiraga-Keaton, né d'un père japonais et d'une mère anglaise. Ces deux personnages sont le symbole de leur auteur ; ils sont internationaux. À la fois japonais et occidentaux. Ils vivent d'ailleurs tous les deux hors de l'île dont ils sont originaires, Goshi habitant à New York et Keaton voyageant à travers le monde.
Kenzô Tenma est quant à lui un japonais vivant en Allemagne. Gesicht est un robot allemand. Dans Happy!, Miyuki Umino parcourt le monde pour jouer au tennis. Otcho vit en Thaïlande durant plusieurs années, tandis que Mon-Chan est installé en Allemagne et Croa-Croa aux États-Unis. En bref, la quasi-totalité des héros d'Urasawa sont internationaux. Mais ils ont tous un côté japonais. Urasawa ne met personne de côté. Ses personnages sont pluriels, ont de multiples facettes ; à la fois patriotes et étrangers, à la fois d'ici et d'ailleurs.

Taïchi Keaton, l'exemple parfait du voyageur universel « à la Urasawa ».
Loin des clichés habituels, Urasawa ose donc les héros à moitié japonais, voire non-japonais dans ses dernières œuvres. Afin de se rapprocher du reste du monde. En cela, il prend un très grand risque ; celui de ne pas permettre à ses lecteurs nippons de s'identifier. Mais sa maîtrise est telle qu'il y parvient malgré tout, comme nous le savons.
La planète toute entière comme scène
Si ses héros sont mondiaux, les lieux ou ils se trouvent le sont aussi. Les histoires d'Urasawa ne restent jamais bien longtemps cantonnées au pays du Soleil Levant. Bien vite, il a des envies d'ailleurs.
Comme nous l'avons vu, Taïchi Keaton en est l'exemple parfait, sillonnant le monde avec entrain. L'anime permet de visiter un pays par épisode. Miyuki Umino, quant à elle, déserte vite son pays pour aller disputer des tournois de tennis à l'étranger. Tout comme Goshi vit aux États-Unis.
Dans 20th Century Boys, le récit nous mène aux quatre coins du globe. Le Japon, mais également les États-unis, la Thaïlande, l'Allemagne ou encore l'Italie. Ici, le monde entier est en jeu. Toutes les grandes villes sont touchées par le virus. Et des personnages du monde entier interviennent pour s'opposer à Ami ou l'admirer.
Kenzô Tenma est également un excellent exemple de l'âme universelle d'Urasawa. Le médecin japonais de Monster vit en Allemagne, qu'il traverse de long en large pour son enquête ; il passe par Munich, Cologne ou Francfort. Mais durant ses aventures, il ira également en France et en République Tchèque. Tenma, par ses voyages, montre donc l'Europe aux lecteurs. Et cela de façon très précise grâce aux gros travaux de recherches d'Urasawa. Il parle du monde au japonais. Mais il ne fait pas que traverser l'Europe. Il est également un représentant, un ambassadeur du Japon, tout comme son créateur.

De gauche à droite : Bangkok, Francfort et Nice.
Un ambassadeur du Japon
Il ne se passe pas un seul chapitre de Monster sans qu'Urasawa ne place une anecdote sur son pays. Et cela en utilisant Tenma en tant qu'étranger. Ainsi, l'auteur parle du Japon au monde. Nous pouvons découvrir la culture, la cuisine particulière, les sports ou encore les coutumes. Tenma fait partager son pays aux gens qu'il rencontre. Et Urasawa fait de même avec ses lecteurs étrangers.
Mais ce faisant, l'auteur parle également du Japon aux japonais. Il se permet des petites piques, comme par exemple avec l'usage abusif du terme « dômô », ou la personnalité du maître d'Aïkido de Nina dans le deuxième volume. Mais il joue également sur les préjugés. Ainsi, Tenma n'est que rarement considéré comme japonais, mais plutôt comme asiatique par les Européens. Ils lui parlent de technologie et d'extincteurs, ou le surnomment « Chang », comme le fait Schumann afin de le protéger. Urasawa montre donc de quelle manière le Japon est perçu dans le monde. Et offre donc une vision distancée d'eux-même à ses lecteurs nippons.

Le professeur d'aïkido de Nina, dans le deuxième volume de Monster.
De la même manière, 20th Century Boys montre aux lecteurs le japon tel qu'il est, tel qu'il a été et tel qu'il sera peut-être. Avec un brin de nostalgie, Urasawa présente le pays de son enfance, ses quartiers typiques et ses habitudes. Ses particularités également, avec l'exposition universelle. Il montre également le Japon actuel, fait de salary-men, de gérants de convini et d'étudiants arrogants. Puis, il met en scène le futur de son pays, appuyant sur une tendance à l'autoritarisme des obéissants japonais. Le manga donne donc le Japon à voir pour tout le monde ; les étrangers le découvrent, les japonais s'en rappellent.

L'exposition universelle de 1970 vue par Urasawa.
Dans le même élan, il parle du monde au monde. Il souligne l'incongruité des préjugés. Dénonce le racisme ou les guerre comme dans Pluto, sous couvert de science-fiction.
Urasawa est donc bel et bien un ambassadeur de son pays. Il se voit comme tel, et son origine oriente ainsi son œuvre. Lire un récit d'Urasawa permet de découvrir une petite partie du Japon. Mais avec du recul et toujours avec un esprit critique. Plutôt que de se prendre pour une agence de voyage, l'auteur distille les éléments très finement, usant des détails pour montrer la richesse de son pays, mais aussi ses petits défauts.
Urasawa, le mangaka universel
Dans l'oeuvre de Naoki Urasawa, tout se rapporte au Japon. Sans cesse. Pour autant, le Japon n'est jamais le centre, jamais le propos. Urasawa n'est pas obnubilé par son pays. Il lui donne de l'importance, mais à part égale avec le reste de monde. Il le montre sous un beau jour, en fait voir les beautés et les qualités, mais jamais ne l'idolâtre. Il sait rester distant, car il n'est pas égocentré, ni éthnocentré. Mais il fait de même avec d'autres pays, l'Allemagne étant le meilleur exemple. Ses récits ne sont pas cantonnés à leur lieu géographique, ils pourraient prendre place n'importe ou. Il trouve l'équilibre parfait entre son pays et le monde. En cela, il est universel.
Urasawa parle à tous ses lecteurs sans exception. Ce n'est pas pour rien s'il a reçu des prix et des récompenses dans son pays, mais aussi en France ou aux États-Unis. Pas besoin de pré-requis ni de culture particulière : il suffit de lire. Et c'est cela qui fait son succès dans le monde entier.
Dossier réalisé par 14thgunner

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